LA RESISTANCE SE MET EN PLACE
Le groupe "Chrétiens et Juifs pour la liberté d'aider" (CJLA) s'est constitué à Lausanne en mai 2006 afin d'attirer l'attention sur l'article 116 du projet de Loi sur les Etrangers, qui punit de peines extraordinairement lourdes les personnes qui faciliteraient le séjour illégal des étrangers, quel qu'en soit le motif. En outre, la nouvelle loi ne contient plus la disposition sur les "mobiles honorables" qui existait dans la loi de 1931. Ainsi, une paroisse ou un groupe bénévole qui hébergerait ou aiderait de quelque façon que ce soit des requérants d'asile et autres migrants censés avoir quitté la Suisse ne bénéficierait plus de l'impunité pour avoir agi au nom de sa conscience. Ces groupes et personnes pourront, le cas échéant, voir une atténuation de leur peine, mais le juge devra désormais les condamner et c'est à lui qu'il appartiendra de tenir compte des circonstances.
Le Groupe CJLA qui a étendu ses contacts dans toute la Suisse a appelé à voter non tant à la Loi sur les étrangers que sur la Loi sur l'asile, au nom de la liberté de conscience.
Une défaite prévisible
On sait ce qui est advenu: le peuple suisse a massivement accepté ces deux lois, le 24 septembre dernier. Nous ne sommes guère étonnés que nos arguments n'aient pas convaincu. Combien de citoyens ont-ils lu ces deux lois (plus de 218 articles) ? Combien savaient-ils même que la liberté de conscience était en jeu? Improbable que ce soit plus d'une poignée. L'argument qui l'a emporté était d'une simplicité désarmante: il faut empêcher les abus ! Mais la majorité des gens ne se sont pas demandé si les lois ne créaient pas d'autres abus.
Les Eglises se sont prononcées de façon très ferme au soir du 24 septembre pour regretter le résultat de la votation et appeler à la vigilance.
Une mobilisation exceptionnelle
La campagne contre ces deux lois a suscité un engagement extraordinaire de nombreuses personnes provenant de tous les partis (sauf un dont la xénophobie est le fonds de commerce), de croyants de toutes les religions, d'incroyants, de médecins, d'enseignants, d'artistes, de travailleurs sociaux, d'universitaires, de journalistes, de membres de toutes sortes d'associations. C'est très réjouissant : même si cette formidable coalition n'a pas convaincu la majorité du peuple, plus de 700'000 citoyens de ce pays ont dit que ces lois ne sont pas acceptables !
Une situation inquiétante
Il est très important que cette coalition reste mobilisée. Car la situation est inquiétante. Le Conseiller fédéral Blocher, qui n'a pas hésité à modifier au dernier moment des lois déjà soumises au Parlement et qui a asséné des contre-vérités tout au long de la campagne, annonce aujourd'hui d'autres mesures plus sévères et la remise en question d'un référendum qui avait condamné le racisme. La confortable majorité en faveur du "oui" aux lois sur l'asile et sur les étrangers lors de la votation du 24 septembre donne des ailes aux xénophobes de tout poil. Aussi, quand on nous dit que ces lois seront appliquées dans le respect du droit international, et en faveur des "vrais" réfugiés, nous sommes fondamentalement sceptiques.
La solidarité et la résistance
Face à cette situation, de nombreuses personnes qui ont soutenu le "Non" s'engagent dans diverses actions de solidarité avec les victimes de ces deux lois. Voici quelques exemples de ces actions :
1) Les organisations qui travaillent déjà pour l'aide juridique et l'aide matérielle aux requérants d'asile, aux sans-papiers. Elles vont être débordées de travail, maintenant que de plus en plus de migrants vont être menacés (Par exemple: EPER, Caritas, les centres d'aide juridique et d'accompagnement des requérants d'asile et des sans-papiers, etc.)et ont plus que jamais besoin de soutien.
2) Un Observatoire du droit d'asile et du droit des étrangers est en train de se mettre en place. Il collectera des témoignages sur la façon dont ont été traités des étrangers, mis à la rue, interdits de travailler, etc. Il diffusera les publications et communiqués de l'Observatoire, etc. Cet outil répond à un besoin urgent, car la campagne a montré que le grand public n'est simplement pas informé des décisions qui touchent les requérants, des renvois, des conditions dans lesquelles ils sont exécutés. Cet observatoire – dont le financement n'est pas encore assuré – restera factuel, et permettra de donner un panorama de la situation résultant de l'adoption des deux lois.
3) L'accompagnement de réfugiés et sans papiers est plus que jamais nécessaire. Ceux-ci sont parfois dans une solitude terrible, et n'ont personne à qui poser leurs questions. Ainsi des juristes et des médecins offrent des consultations gratuites, des enseignants donnent des cours de français (ou d'allemand ou encore d'informatique), des personnes proposent du travail (ou déjà simplement des "petits boulots" comme faire le jardin, laver les vitres, garder les enfants) à des personnes privées du droit de travailler. Il ne s'agit pas pour ces bénévoles de faire des choses pour lesquelles ils n'ont pas formés, mais il y a des formes d'accompagnement à la portée de chacun.
4) Des mouvements de protestation contre des décisions arbitraires et inhumaines et des états-généraux de la migration sont en préparation
5) Un réseau d'urgence va être créé pour soutenir les personnes qui seraient condamnées en vertu de l'article 116 de la Loi sur les Etrangers et les aider à payer leurs amendes.
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Si certaines personnes désirent se joindre à de telles actions de solidarité, elles sont invitées à se mettre en contact avec des organisations qui luttent pour la défense des étrangers et étrangères. Elles doivent être conscientes que certaines de ces actions, dans certaines situations, sont punissables selon les nouvelles lois, mais nous savons qu'il y a des personnes qui sont prêtes à les braver, au nom de leur conscience.
Le Groupe CJLA a mis ses activités en veilleuse, en attendant d'intervenir à nouveau, si cela s'avère nécessaire. Cependant, il met une adresse e-mail à la disposition de celles et ceux qui voudraient une information complémentaire (notamment sur les lieux d'engagement possible)
Adresse: http://libresdaider.blogspot.com/
ou François A. de Vargas, Lausanne devargasf@bluewin.ch
Le Groupe "Chrétiens et Juifs
pour la liberté d'aider"
Octobre 2006



Françoise Kopf, Koordination IGA SOS-racisme, Solothurn

